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Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l'hôpital Blida-Joinville au temps où Dr Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956
Saidi, Nordine
2026
 

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Keywords :
politiques migratoires et raciales en Belgique; Frantz Fanon
Abstract :
[fr] discussion En discussion avec deux membres de L'Autre "lieu"– R.A.P.A. (Recherche-Action sur la Psychiatrie et les Alternatives). Née en 1980, sur base des valeurs du Réseau International Alternative à la Psychiatrie, l’association fonctionne comme un lieu de passage, d’intrusion, de circulation où se croisent quotidiennement des personnes intéressé·es/concerné·es par la question des troubles psychiques. instagram.com/autrelieu.bruxelles/ autrelieu.be/ autrelieu.be/activites/histoires-radicales/ Nordine Saïdi, membre de Bruxelles Panthères et Doctorant en sciences politiques et sociales à l’Université de Mons (UMONS) sur les dispositifs de santé mental relatifs aux jeunes hommes sans papiers marocains à Bruxelles. instagram.com/bruxellespantheres/ instagram.com/reels/DO2CecVCP4h/ facebook.com/Macadam-asbl/
Disciplines :
Social work & social policy
Author, co-author :
Saidi, Nordine ;  Université de Mons - UMONS > Ecole des sciences humaines et sociales > Service de Sociologie et Anthropologie
Language :
French
Title :
Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l'hôpital Blida-Joinville au temps où Dr Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956
Publication date :
26 March 2026
Event name :
Hors-d'oeuvre
Event organizer :
Beursschouwburg
Event place :
Bruxelles, Belgium
Event date :
26 mars 2026
Research unit :
H940 - Sociologie et Anthropologie
Research institute :
Soci&Ter
Commentary :
Je m’appelle Nordine Saidi, je suis travailleur psycho-social chez MACADAM, un lieu d’accueil de jour à très bas seuil pour des jeunes en errance, principalement des mineurs étrangers non accompagnés, surtout marocains. Je suis également militant antiraciste et décolonial avec le collectif Bruxelles Panthères. Mon engagement militant et mon travail social ne peuvent pas être séparés : l’un nourrit l’autre, et réciproquement. Je parle depuis une position située et engagée : les jeunes que j’accompagne sont souvent des frères, des sœurs, des pères ou des fils, et je refuse toute neutralité ou prétendue objectivité qui effacerait cette dimension. Comme le dit Fanon, « l’objectivité scientifique m’était interdite, car l’aliéné, le névrosé, était mon frère, était ma sœur, était mon père… ». MACADAM n’est pas un lieu classique : c’est un espace fragile où l’on suspend temporairement les violences structurelles qui pèsent sur ces jeunes — la rue, la police, le racisme, la faim, la solitude. Nous avons développé un principe simple mais radical : très bas seuil d’exigence et très haut seuil de tolérance. Ce choix est politique : il contredit l’histoire de l’aide sociale et psychiatrique qui a toujours conditionné le soin à la conformité ou à l’obéissance. Historiquement, le regard sur ces populations a été profondément pathologisant et racialisé. Déjà en 1918, Porot, dans son célèbre article « La mentalité nord-africaine », présentait le colonisé comme psychiquement inférieur, marqué par un « primitivisme » et une « impulsivité irréfléchie » qui le prédisposeraient à la violence et à l’irrationalité. Il écrit : « L’indigène nord-africain est un être impulsif, dont les réactions sont immédiates et brutales, sans élaboration psychique supérieure. Il est gouverné par ses instincts plus que par sa raison ». Ce discours pseudo-scientifique servait directement les intérêts coloniaux en justifiant l’oppression. Si les formulations de Porot sont aujourd’hui inacceptables, les logiques qu’il a installées perdurent sous d’autres formes dans la psychiatrie contemporaine : les jeunes racialisés sont toujours surreprésentés dans les services de santé mentale, leurs comportements interprétés plus rapidement comme problématiques, et le contexte structurel de leur détresse largement ignoré. À MACADAM, nous voyons ces effets de manière concrète : la peur d’être arrêté, la violence institutionnelle, l’angoisse de l’exclusion, l’insomnie et la dissociation sont des réponses directes à un système qui criminalise l’existence de ces jeunes. Nous ne cherchons pas à “réparer” leurs psychés isolément : nous savons que la souffrance psychique est une conséquence des structures qui les produisent. Le racisme n’est pas un traumatisme individuel à soigner, il est une construction sociale et politique, et il ne se soigne pas : il se combat. Dans ce contexte, notre approche est collective et politique. Nous pratiquons l’accueil inconditionnel et la réduction des risques : nous ne posons pas d’exigences bureaucratiques ou comportementales pour offrir de l’aide. Ces jeunes ont besoin d’exister dans un espace où ils ne seront ni rejetés, ni criminalisés. Mais le travail social ne suffit pas : il doit s’articuler à une critique radicale des politiques migratoires et raciales en Belgique. L’évolution de ces politiques est claire : nous sommes passés d’une immigration organisée pour le travail, avec régularisation au besoin économique, à une criminalisation totale des personnes étrangères. Ce passage a des conséquences directes sur la santé mentale : anxiété chronique, traumatisme, sentiment de non-droit, dépression et risques accrus d’addictions. Concernant les addictions, elles doivent être comprises dans ce contexte : elles ne sont pas seulement des problèmes individuels, mais des stratégies d’adaptation à la précarité extrême et à l’exclusion. Les jeunes consomment pour dormir, oublier, tenir, survivre. Selon l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies, ces usages sont des formes de résilience face à la vulnérabilité. Dans nos dispositifs, nous conjuguons donc accompagnement psycho-social et réduction des risques, en restant attentifs aux substances les plus dangereuses tout en respectant les pratiques qui permettent aux jeunes de gérer leur quotidien. Ainsi, MACADAM se veut un lieu de résistance : nous créons un espace respirable au milieu d’un système qui produit la détresse. Nous essayons de tenir la ligne fanonienne : politiser la souffrance plutôt que de la pathologiser, dénoncer les structures plutôt que de blâmer les corps, et articuler l’accompagnement social à la lutte contre le racisme et la criminalisation. Le racisme ne se soigne pas : il se combat.
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