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Abstract :
[fr] Gérard Prévot (1921-1975), auteur de contes fantastiques, et Binche : une relation ambivalente
L’une des principales figures de la littérature fantastique belge francophone du XXe siècle, Gérard Prévot, a vu le jour à Binche, en 1921. Dernier enfant d’une famille bourgeoise catholique tenant un commerce de tailleur pour hommes (« Le parapluie national »), il se sent très vite à l’étroit dans ce cadre, qu’il considérait comme « provincial ». Il quittera donc Binche, puis la Belgique, pour la France et Paris. Selon son éditeur, Prévot « détestait Binche, sa ville natale, et n’arrêtait pas de le répéter à la moindre occasion », tout comme il considérait son carnaval « comme une authentique fumisterie » (Baronian, Dictionnaire amoureux de la Belgique).
Pourtant, ce Binchois d’origine choisira, dans la dernière partie de sa vie, de revenir au pays natal, mais pour une autre ville de masques et de carnaval : Ostende. Et au cours de sa carrière, il écrira plusieurs textes qui évoquent, parfois explicitement, parfois en filigranes, la cité des Gilles ou les traditions carnavalesques : le roman d’amour et d’aventures intitulé Les tambours de Binche, qu’il s’amuse à signer du pseudonyme de Francis Murphy (présenté comme un Américain de passage qui serait tombé amoureux de la ville et du Hainaut), mais aussi quelques-uns des petits chefs-d’œuvre que constituent ses contes fantastiques : Les démons du dimanche gras, Les confidences de Gert Verhoeven, Le démon de février...
La mise en évidence de cette attitude ambivalente, chez Prévot, à l’égard de sa ville natale et des traditions de celle-ci offrira une trame pour (re)découvrir quelques aspects et passages de son œuvre littéraire narrative. Le carnavalesque, le masque, la musique et la danse y apparaitront ainsi comme des tintements de grelots, qui rythment l’œuvre de ce maitre du récit de l’inquiétude ou de la passion ensorcelante. La lecture et l’observation contrastée des récits des Tambours de Binche et des Démons du dimanche gras nous amèneront à gouter toute l’ambigüité de la relation qu’entretenait Gérard Prévot avec sa ville natale car, comme il le confessait :
Binche, pour moi, bizarrement, représente beaucoup, encore aujourd’hui et pas seulement dans le passé. C’est une chose que je dis rarement parce que j’ai préféré l’écriture à Binche. Cela va de soi. Et cela n’a même pas posé pour moi le moindre problème. Mais je dois vous dire tout de suite qu’il y a trois jours au long de l’année pendant lesquels je n’écris pas parce qu’il m’est impossible d’écrire. Vous devinez pourquoi ? C’est parce que ce sont les trois jours du carnaval ! J’ai dans les tiroirs de ma discothèque un disque qui affole sûrement tous les voisins de la rue Saint-Romain à Paris, mais c’est justement le disque du carnaval. Il m’arrive de l’écouter assez fort… pour troubler parfois le voisinage.
L’on imagine aisément, et non sans sourire, le trouble des Parisiens assaillis par ces rythmes entêtants. Ainsi « la musique qui vient d’ailleurs » qu’il était né pour donner était-elle aussi celle des joyeux tambours et des cuivres… ainsi le visage du poète incompris et désabusé face à la laideur du monde se double-t-il d’un petit farceur dissimulé sous le masque carnavalesque.