Abstract :
[fr] Les échinodermes sont des invertébrés marins deutérostomiens dotés d’un système
immunitaire inné reposant sur des cellules spécialisées appelées cœlomocytes,
impliquées dans la reconnaissance des pathogènes, la phagocytose et la production de
facteurs humoraux. Des études récentes suggèrent que leur réponse immunitaire, malgré
l’absence d’un système immunitaire adaptatif, est complexe et pourrait inclure un mécanisme
décrit initialement chez les neutrophiles des vertébrés nommé « NETose ». Ce processus
correspond à la libération, par une cellule immunitaire, de structures fibreuses composées de
chromatine décondensée et de molécules antimicrobiennes, telles que la myélopéroxydase (MPO)
et les histones citrullinées, afin de piéger et détruire les pathogènes. Son occurrence, ses acteurs
et son importance dans la défense immunitaire restent mal connus chez les échinodermes.
Ce travail visait à caractériser la libération de pièges extracellulaires (ETs) chez deux
espèces d’échinodermes : l’oursin européen Paracentrotus lividus et le concombre de mer
Holothuria forskali, à l’aide d’approches complémentaires. La caractérisation in vivo a été réalisée
par microscopie optique en time-lapse, avec analyse d’images sur ImageJ, afin de décrire ce
mécanisme nouvellement observé après stimulation par des immunostimulants classiques tels
que des lipopolysaccharides (LPS) et des acétates de phorbol myristate (PMA). La microscopie
électronique à balayage (MEB) sur des cœlomocytes fixés et stimulés a révélé des structures
caractéristiques des ETs. L’immunodétection à l’aide d’anticorps dirigés contre la MPO et les
histones citrullinées a confirmé la présence de structures de type ETs dans des populations mixtes
de cœlomocytes soumises à des conditions inductrices. Nos résultats tendent également à
indiquer que les sphérulocytes et les phagocytes font probablement partie des types de
cœlomocytes impliqués dans le processus de libération des ETs. Les dosages d’ADN extracellulaire
ont mis en évidence une augmentation significative de la libération d’ADN après stimulation par
rapport à la condition contrôle, avec des cinétiques spécifiques à chaque stimulus, indiquant
l’activation de voies distinctes de libération d’ETs. La variation des temps de réponse suggère
l’existence chez ces échinodermes d’une forme rapide et « vitale » pour la cellule, et d’ETose «
suicidaire », plus lente, selon le stimulus et la voie activée.
Dans l’ensemble, ces résultats fournissent la première caractérisation intégrée, à la fois
cellulaire, moléculaire, structurale et fonctionnelle, des ETs chez deux classes d’échinodermes.
Cela conforte l’hypothèse selon laquelle ces pièges constituent un mécanisme immunitaire
conservé au cours de l’évolution, et souligne son importance écologique chez les invertébrés
marins.