Abstract :
[fr] Contexte. Les séparations parentales à haut niveau de conflit constituent un défi majeur pour les professionnels de l'accompagnement familial. Bien que représentant environ 10% des situations de séparation, ces familles mobilisent jusqu'à 90% des ressources des tribunaux de la famille et des professionnels (Neff & Cooper, 2004). Ces parents présentent des niveaux élevés de détresse, une faible satisfaction de vie et des pratiques parentales inconsistantes (Lamela et al., 2016). Malgré une littérature abondante, la conceptualisation du haut conflit demeure floue et fragmentée (Saini & Birnbaum, 2007 ; Polak & Saini, 2019).
Objectifs. Cette recherche vise à explorer deux questions : (1) comment les intervenants définissent-ils et caractérisent-ils le haut conflit parental ? (2) comment pensent-ils et construisent-ils leurs interventions auprès de cette population ?
Méthode. Une approche qualitative par théorisation ancrée (Grounded Theory Methodology) a été adoptée. Six entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de professionnels belges intervenant dans le champ des séparations conflictuelles (médiateurs, psychologues, travailleurs sociaux). L'analyse suit un processus itératif de codage ouvert, axial et sélectif, permettant l'émergence de catégories conceptuelles à partir des données empiriques.
Résultats préliminaires. Les premières analyses révèlent que le haut conflit est appréhendé par les intervenants comme un processus complexe et multiniveau. Loin d'une définition statique centrée sur les caractéristiques individuelles, les professionnels décrivent un phénomène dynamique intégrant des dimensions individuelles, relationnelles, institutionnelles et sociétales. L'intervention apparaît comme une navigation constante entre ces différents niveaux systémiques, où les enjeux sociétaux (judiciarisation, normes de coparentalité) influencent tant la définition du problème que les possibilités d'action.
Discussion. Ces résultats préliminaires soutiennent la pertinence d'une lecture écosystémique du haut conflit, dépassant les approches individualisantes. Ils interrogent également la place des intervenants dans un système plus large qui contribue parfois à l'entretien du conflit. La poursuite de la collecte permettra de saturer les catégories émergentes et d'élaborer une modélisation théorique ancrée dans les pratiques de terrain.