Abstract :
[fr] Des disparités en matière de soins de santé sont observées chez les personnes présentant une déficience intellectuelle (Alonso-Sardón et al., 2019; Chapman et al., 2018; Emerson et al., 2011). Par ailleurs, elles peuvent témoigner d’un risque plus accru de présenter un mauvais état de santé, des besoins de santé non satisfaits, ou encore un manque de soutien social (OMS, 2023). Les personnes avec déficience intellectuelle (PDI) sont généralement confrontées à la stigmatisation et à des attitudes négatives de la part des professionnels de la santé, impactant la qualité des soins reçus (Bacherini et al., 2023; Lewis et Stenfert‐Kroese, 2010; Rinaldi et Batselé, 2022). Les objectifs de cette étude intervenant dans un projet plus large nommé « DI-Moi Santé ! » sont 1) d'étudier le lien entre l'étiquette diagnostique et la distance sociale sur les représentations et les pratiques de santé inclusive à l'égard des PDI chez les professionnels de santé et 2) d'examiner la relation entre la reconnaissance des symptômes, les croyances causales, la distanciation sociale et le genre sur les représentations et pratiques des professionnels de la santé concernant la déficience intellectuelle. En effet, le but global du projet est de proposer une sensibilisation à la déficience intellectuelle pour les professionnels de la santé afin de favoriser l’accès à des soins de santé adaptés à ce public.
Pour ce faire, une enquête en ligne sur LimeSurvey® a été menée auprès des médecins généralistes, des médecins spécialistes et des praticiens de l’art infirmier (n=163). Les participants ont complété 2 questionnaires : IDLS et QIHRP. Ils ont été assignés au hasard à quatre conditions induites par l'IDLS : des vignettes décrivant un patient de sexe féminin ou masculin, avec ou sans mention explicite du diagnostic de déficience intellectuelle.
Les résultats ont mis en évidence que l'étiquette diagnostique et une distance sociale plus faible prédisent de meilleures représentations et pratiques en matière de santé inclusive. De plus, une analyse de la médiation a montré l'effet médiateur de la distance sociale sur le lien entre le fait d'être en contact avec des PDI (à travers l'emploi) et de meilleures représentations et pratiques de santé inclusive. Enfin, le diagnostic de déficience intellectuelle est associé à davantage de croyances causales de nature biomédicale, engendrant une réduction de la distance sociale.
Cette étude nous a permis d'évaluer l'interaction entre les variables de stigmatisation et les représentations et pratiques des professionnels de santé à l'égard des PDI, mais aussi d'identifier des facilitateurs potentiels pour la promotion de l’équité en santé. Au vu des résultats, il semble primordial que les sensibilisations et formations à la déficience intellectuelle pour les professionnels de la santé intègrent des opportunités de contact direct avec le public concerné afin de favoriser l’apprentissage expérientiel et la réduction de la distanciation sociale.