Abstract :
[fr] La capacité à s'orienter dans l'espace constitue une aptitude essentielle dans la vie quotidienne. Toutefois, d'importantes différences interindividuelles peuvent être observées, en lien avec divers facteurs internes et externes (Burte et al., 2018 ; Lader et al., 2025). Pour s'orienter efficacement, les individus s'appuient sur des repères environnementaux et prennent en considération les relations spatiales entre ces repères et leur propre position dans l'espace (Piccardi et al., 2020).
Cependant, le traitement de l'information spatiale varie selon l'échelle de l'environnement considéré dans la mesure où l'esprit humain ne traite pas de la même manière les informations spatiales situées dans l'espace de préhension et celles relevant de l'espace de locomotion (Brain, 1941 ; Piccardi et al., 2014). Dans cette perspective, il est possible de distinguer trois échelles spatiales distinctes : les objets isolés, les espaces de préhension (environnements atteignables contenant plusieurs objets mais non navigables) et les scènes navigables. Ces trois échelles spatiales sont traitées de manière distincte dans le cortex visuel (Josephs & Konkle, 2020).
Ce constat ouvre des perspectives intéressantes pour mieux comprendre le développement des habiletés visuospatiales chez l'enfant, ainsi que les modalités de traitement des informations visuelles selon l'échelle spatiale considérée. Une composante essentielle de l'orientation spatiale réside dans la capacité à coordonner différentes perspectives spatiales. Cette capacité implique notamment d'effectuer une rotation mentale pour afin d'aligner sa propre perspective avec celle de repères environnementaux (Surtees et al., 2013). Plus précisément, la coordination des perspectives spatiales (CPS) renvoie à la compréhension que l'apparence d'un objet dépend du point d'observation adopté, ainsi qu'à la capacité d'anticiper cette apparence depuis une position donnée dans l'espace (Fishbein et al., 1972).
Dans ce contexte, la présente étude examine la manière dont la CPS se développe chez des enfants âgés de 4 ans 3 mois à 7 ans 6 mois. Elle analyse plus spécifiquement dans quelle mesure cette capacité varie selon l'échelle de l'environnement et si elle est facilitée lorsque les enfants peuvent se déplacer dans l'espace. Pour ce faire, un dispositif expérimental compare les performances d'un échantillon de 131 enfants, répartis en quatre groupes selon deux variables : l'échelle de l'espace (préhension ou locomotion/scène navigable) et la mobilité (condition mobile ou immobile). Les performances et types d'erreurs sont ainsi examinés lors de tâches réalisées dans ces différents contextes spatiaux afin d'identifier les facteurs susceptibles de faciliter ou d'entraver la réussite de ces tâches chez les enfants.
Les résultats indiquent que la condition « espace de locomotion et mobile » favorise une meilleure performance globale, avec une réduction notable du nombre d'erreurs par rapport aux autres conditions. Un effet de l'âge a été identifié exclusivement dans cette condition (H(2) = 7,029, p=0,030), révélant que les enfants les plus jeunes éprouvent davantage de difficultés dans la CPS, en cohérence avec les travaux précédents (Mengue-Topio et al., 2020). En revanche, l'âge n'exerce aucune influence significative dans les trois autres conditions. Ces observations soulignent l'impact de la mobilité motrice et de l'échelle spatiale dans la performance aux tâches de coordination des perspectives spatiales.
Disciplines :
Theoretical & cognitive psychology
Education & instruction
Social & behavioral sciences, psychology: Multidisciplinary, general & others
Event name :
Colloque du Réseau Interuniversitaire de PSYchologie et DEVeloppement et de l'Education (RIPSYDEVE) “Psychologie du développement et de l’éducation face aux défis contemporains : transformations, vulnérabilités et innovations”