Abstract :
[fr] Cette communication a pour objet d'élargir la réflexion actuelle sur le concept de bien-être, appliqué aux enseignants. Le déficit de bien-être est l'une des causes identifiées de leur décrochage professionnel (Karsenti et al., 2015; Rojo & Minier, 2015), or il apparait que le bien-être des enseignants influence celui des élèves (Soini et al., 2010). Les concepts mobilisés dans cette étude appartiennent au champ de la psychologie positive, un courant complémentaire à la psychologie traditionnelle, axé sur la prévention et le développement de ressources déjà présentes, et non sur des actions curatives (Seligman & Csikszentmihalyi, 2000). C'est dans cette approche que se définissent la notion de bien-être PERMA (fondé sur les émotions positives, l'engagement, les relations positives, le sens et l'accomplissement) (Seligman, 2011) et le Capital Psychologique, un ensemble de ressources qui aident l'individu à faire face au stress quotidien (l'espoir, le sentiment d'auto-efficacité, la résilience et l'optimisme) (Luthans & Youssef-Morgan, 2017). Pour investiguer les liens entre ces concepts, une enquête en ligne a été menée, née d'une collaboration entre l'UMONS et l'Université du Québec à Trois-Rivières, auprès d'enseignants de Fédération Wallonie-Bruxelles et du Québec, en deux temps de mesure (décembre 2021 et avril 2022). L'échantillon final, après la deuxième prise de mesure, est constitué de 106 enseignants (QC = 61 ; FWB = 45), dont 17 enseignants novices (entre 0 et 5 années d'expérience). Les échelles de mesure employées ont fait l'objet de validations antérieures. Il s'agit du “workplace PERMA well-being scale” (Butler & Kern, 2016), une opérationnalisation du modèle PERMA de Seligman (2011), et de la traduction française de l'échelle PsyCap (F-PCQ24) (Choisay et al., 2021). Les principaux résultats mettent en lumière des niveaux de PsyCap et de bien-être relativement positifs (scores respectifs de 4,25 sur une échelle de 1 à 6 et de 7,27 sur une échelle de 0 à 10), ainsi que des liens significatifs entre les deux concepts. Surtout, il apparait que des profils des ressources psychologiques et bien-être des enseignants peuvent être identifiés, indépendamment de la région, du temps de mesure ou de l'expérience. Le PsyCap s'appuie surtout sur l'auto-efficacité, tandis que le bien-être professionnel est marqué par le sens et l'engagement dans la profession. Ces résultats permettent de définir des pistes d'intervention et de formation à destination des (futurs) enseignants, basées sur la prise de conscience des ressources bien présentes pour développer le sentiment de bien-être (Duroisin & Goyette, 2018) et, a contrario, d'envisager le développement de ressources moins établies, telles que l'optimisme. Les résultats peuvent aussi être exploités dans le champ de la psychopédagogie du bien-être (Goyette & Martineau, 2018), qui considère le bien-être comme objet d'apprentissage, transférable dans les activités proposées aux apprenants.