Abstract :
[fr] Cette communication présente les résultats d’une étude qualitative qui examine les rapports de pouvoir qui traversent la participation des familles accompagnées au sein des Services d’Accompagnement Socio-Éducatif (SASE) en Fédération Wallonie-Bruxelles. Inscrite dans un secteur où la participation est érigée en principe d’action (Décret portant le Code de la prévention, de l’Aide à la jeunesse et de la Protection de la Jeunesse, 2018), cette étude interroge la manière dont l’aide consentie et à l’aide contrainte influencent les formes de participation des usagers, dans un contexte relationnel marqué par une asymétrie structurelle entre professionnels et familles (Boucenna, 2017 ; Zielinski, 2011). La question de recherche qui guide ce travail est la suivante : comment les intervenants familiaux perçoivent-ils la participation des usagers dans les contextes d’aide consentie et d’aide contrainte au sein des SASE ? L’étude adopte une approche qualitative exploratoire fondée sur dix entretiens semi-directifs réalisés en 2022 auprès d’intervenants issus de cinq SASE. L’analyse par catégories conceptualisantes (Paillé & Mucchielli, 2016) permet d’examiner leur perception des dynamiques de participation, des logiques de contrainte observées dans l’accompagnement socio-éducatif.
Les résultats montrent que la participation est majoritairement associée à l’adhésion des
familles au cadre prescrit. Cette conception correspond à une participation de conformité (Lacharité, 2011 ; Pouchadon, 2015), dans laquelle les objectifs institutionnels prévalent sur une réelle capacité d’influence des usagers. L’analyse fait ressortir dix postures d’adhésion qui reflètent autant des formes de résistance que d’ajustements aux normes éducatives institutionnelles (Hardy, 2012 ; Hardy et al., 2001). L’étude met également en évidence que l’aide consentie comporte une contrainte implicite. Le refus de collaborer est perçu comme un risque de judiciarisation (Delens-Ravier, 2003), ce qui accroît la pression exercée sur les familles. À l’inverse, l’aide contrainte, bien que caractérisée par un cadre non négociable, peut paradoxalement sécuriser certains usagers en clarifiant les attentes institutionnelles (Hayez, 2011). Ces résultats induisent que des logiques de contrainte se déploient dans ces deux formes d’aide. L’analyse met ainsi en lumière des rapports de pouvoir omniprésents dans l’accompagnement.
Le mandat structure la relation, définit les marges de négociation et conditionne la forme de participation attendue des familles. Les usagers s’inscrivent majoritairement dans un dispositif qu’ils n’ont pas choisi, où leur participation repose davantage sur leur capacité à se conformer aux exigences institutionnelles que sur leur possibilité de co-construire l’intervention (Van Houte et al., 2015 ; Sellenet, 2023). L’ensemble montre que l’ambition participative se heurte à un cadre prescriptif où l’asymétrie relationnelle limite la réalisation d’une participation réellement émancipatrice.