Abstract :
[fr] Objectif : contribuer à éclairer les multiples facettes du rôle de l’interprète en santé mentale. Perspectives de recherche : socio-linguistique, interactionniste, inductive, descriptive et qualitative. Cadre théorique et conceptuel : Théorie du positionnement (Harré et coll., 1999 - sciences sociales), pour conceptualiser les actions discursives de l’interprète en positions subjectives, articulée à la sociologie de l’interaction goffmanienne (e.g. 1972). Mise au point d’un modèle systémique à même d’expliquer le déclenchement des positions subjectives en cours d’interaction. Méthodologie : triangulation des théories, des données et des méthodes. Application du cadre théorique et conceptuel à 3 corpus : Corpus I — littérature scientifique / analyse thématique (Ghiglione et coll., 1980) ; Corpus II — interviews en profondeur de type semi-structuré / analyse thématique, sémantique et lexicale (Paillé et coll., 2013) ; Corpus III — 21 extraits de 8 entretiens psychothérapeutiques interprétés / analyse discursive basée sur le système de transcription jeffersonien (2004), ainsi que sur cinq autres outils utilisés dans diverses combinaisons, à savoir les marqueurs discursifs (Dostie et coll., 2007), la Théorie de la politesse linguistique de Brown et Levinson (1978) revisitée par Kerbrat-Orecchioni (1992), la Théorie de la pertinence de Sperber et Wilson (1986), la Théorie de la structure du discours de Grosz et Sidner (1986) et la Théorie pragma-dialectique intégrée de van Eemeren et coll. (2006). Résultats : conceptualisation du comportement discursif de l’interprète en 17 positions subjectives qui construisent une véritable agentivité sur les plans linguistique, relationnel, culturel, intégratoire et, in fine, thérapeutique. Positions à divers degrés en voie de cristallisation au sein du rôle (cf. Henriksen 1998) et soumises à des négociations parfois conflictuelles. L’agentivité de l’interprète est l’expression de ce que nous avons identifié comme une coordination « coopérative » de l’interaction : par une subtile négociation du contenu propositionnel et des aspects prosodiques et pragmatiques de l’original, il étaye la compréhension mutuelle et co-crée une relation empathique et soutenante au sein de la triade.